Overblog Tous les blogs Top blogs Lifestyle
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

LE PETIT PECHEUR

par ASMA 23 Mars 2014, 12:38 MES NOUVELLES

Du plus loin que mes souvenirs m'emportent je me revois dans notre maison à Ghallef, dans la petite chambre que je partageais avec ma petite sœur khadija. Sur le bord de la fenêtre, dans une demi-bouteille de plastique découpée de telle sorte qu'elle servait d'aquarium, je ne me lassais pas de regarder tourner en rond deux petits poissons. Ma poitrine se gonflait de fierté et je voyais l'admiration dans les yeux de Khadija. Ces poissons je les ai pêchés par mes propres moyens!

Instants fragiles gravés à tout jamais dans mon cœur!

J'avais six ans et j'étais un enfant espiègle et curieux, à la maison j'étais le prince adulé des femmes, seul garçon de la famille j'étais choyé et gâté à souhait: tous mes caprices étaient exhaussés.

Dans la rue où je passais beaucoup de temps c'était différent, il n' y avait aucune fille et j'ai très vite appris, à mes dépens que tous les garçons étaient égaux et que je devais changer mon comportement une fois le nez dehors.

Je me suis fais mes amis préférés dans le quartier, Ahmed le tordu tous l'appelait comme ça - il avait un pied plus long que l'autre et ça lui donnait une démarche très spéciale - et Ali ouled el guezzar - le fils du boucher -, tous les trois nous passions notre temps à confectionner des cannes à pêche desquelles bien que rudimentaires des bouts de bois et du fil trouvé ici et là dans les coins des ruelles, nous étions très fiers.

Sur le bord du petit lac qui séparait notre quartier du reste de la ville nous restions des heures et des heures à essayer d'attraper d'hypothétiques poissons, souvent c'était à la tombée de la nuit que je me précipitais sur le sentier du retour l'estomac noué par la peur.

Je retrouvais Sid Lhaj, mon père sur le palier à m'attendre, fulminant et marmonnant. Je savais que je recevrais alors une énorme gifle, je courais me réfugiai dans les jupes de ma mère tout en tenant ma joue toute rouge par la trace de la main de mon père. Il me paraissait alors aussi grand que les géants des contes que racontait Grand-mère lors des veillées des longues nuits d'hiver, contes que nous buvions goulûment Khadija et moi emmitouflés et en rond devant le kanoun.

En ce temps là avec mes deux complices nous avions dégoté une affaire en or, tous les samedis et dimanche après-midi nous nous dirigions vers les terrains de jeu des Nsara - étrangers -, ces terrains se trouvaient de l'autre côté du lac et cela prenait une bonne heure de marche. Une fois arrivés sur place nous contournions le terrain occupé et nous repérions grâce aux bruits et aux applaudissements puis nous nous tenions tout prêt en alerte et sans faire de bruit, nous attendions...Les petites balles jaunes dont de servaient les joueurs surgissaient parfois du haut du mur et nous tombaient dessus. A la fin du match, lorsque les joueurs s'en vont et désertent le terrain, nous pouvions alors chercher le gardien des lieux qui d'un commun accord nous échangeait les balles contre quelques sous. Ahmed et Ali allaient vite fait acheter des bonbons et des sucreries mais moi, j'étais décidé, sou sur sou je mettais de côté.

Que ne fut ma joie et leur jalousie d'ailleurs ! Le jour où j'ai pu acheter du sbib - du fil - pour la ligne et un vrai hameçon!

Ma mère des années durant me répéta que c'était pêcheur que j'aurai été si mon père n'avait eu l'idée subite et indiscutable de me faire entrer à l'école.

Année après année ma passion pour la pêche fût remplacer par celle des mots et de la connaissance. Pourtant je ne peux m'empêcher d'avoir un pincement au cœur chaque fois que je vois une canne à pêche!

LE PETIT PECHEUR
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
commentaires

Haut de page